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Mes lectures, et histoires d'écrits

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7 décembre 2010

Archives (8) - GALLAY, Claudie: "Dans l'or du temps"

Fin mai 2006:

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GALLAY, Claudie : « Dans l’or du temps », 2006, Rodez, Éditions du Rouergue.

Cité dans Lire de ce mois-ci, ce livre n’avait curieusement droit qu’à deux étoiles, mais une page entière du magazine, qu’il partageait certes avec un autre livre un peu plus ancien de la même auteure. Plusieurs histoires s’y entre-croisent, liées entre elles par l’un ou l’autre personnage. Ainsi, on rencontre le narrateur (dont on ne connaîtra jamais le nom) qui vient à la mer - dans sa maison de Normandie - avec sa femme et leurs deux filles ; on sent qu’il ne sait pas trop comment s’y prendre avec les filles, même si dans le fonds il les aime, et par ailleurs il ne cesse de s’éloigner de sa femme, sans parvenir jamais à faire le pas décisif de la quitter. C’est elle qui partira. Il rencontre par hasard la vieille Alice, qui elle comprend très vite que, même sans les cris et les disputes, ça ne va pas très bien dans le couple de cet homme tellement plus jeune qu’elle... mais on découvrira au fil des pages qu’elle ne supporte pas l’idée même du couple !

Cette Alice lui livre peu à peu sa propre histoire, son exil aux États-Unis pendant la deuxième guerre, avec son père le photographe Berthier et d’autres intellectuels français  qui ne reviendront en France qu’après la guerre, comme par exemple André Breton, qui semble par moments la clé de voûte de ce roman : sa vie y semble parfois plus importante que celle des « héros » du roman, on cite des extraits de ses écrits, et c’est de lui que vient indirectement le titre, lui qui avait fait écrire sur son faire-part de décès : « Je cherche l’or du temps ».

Et par-dessus tout cela, comme bien plus important, bien plus dramatique, il y a des bribes d’histoire des Indiens Hopi de l’Arizona, que le père d’Alice et André Breton avaient aimé alors, mais sans tout le respect dû, puisqu’ils avaient rapporté en France des statuettes et masques qu’ils n’auraient même jamais dû demandé d’acheter à ces Indiens, tant c’était sacré pour eux. Quand l’auteure évoque cela, elle détourne l’attention du lecteur en faisant une corrélation qui me laisse encore songeuse : la valeur d’un objet sacré pour un peuple peut en valoir tout autant pour un autre peuple qui l’aura trouvé Beau. Bon, bien sûr, j’interprète, mais c’est cela que j’ai compris... Ce n’est d’ailleurs pas là le propos principal ; il en va bien davantage de la misère de ces Indiens (une « justification » qui expliquerait la dilapidation de leur héritage sacré ?), la « civilisation » forcée qu’ils ont subie de la part des autorités américaines, la collaboration avide de certains et la résistance parfois absurde d’autres.

Et comme rien n’est simple, l’auteure ajoute encore le double drame qui fait que ce roman est bien un roman, et pas juste la narration anthropologique des découvertes d’André Breton vu par un type dont le couple dérive ! Mais ce double drame, qui par moments est très palpable même si on ne devine pas du tout de quoi il peut s’agir, ne sera révélé que très tardivement. C’est le viol d’Alice, alors encore toute jeune, par un Indien aviné dans le village Hopi, alors que son père l’avait momentanément abandonnée pour aller mener à bien cette transaction interdite d’achat d’un masque sacré ; et quelques années plus tard, au retour en France, la mort du père d’Alice, emporté par la mer trop forte lors d’une sortie dans les rochers, et où Alice s’est trouvée incapable de lui venir en aide quand il en était encore temps, tout à coup engluée qu’elle était dans le souvenir du viol et de la main que son père non plus n’avait pas su lui tendre alors.

Pour le reste, Lire avait prévenu : le style de Claudie Gallay est plutôt dépouillé, comme si elle avait peur des mots, et plein de silences (de nouveau, j’interprète en partie, je préfère préciser). Elle écrit en effet des phrases très courtes, et presque tout est suggéré. J’ai appris je ne sais plus très bien où qu’il y a toujours une part de suggestion dans un roman ; si on dit tout au lecteur, il finit par se lasser, il faut le laisser tirer ses conclusions de loin en loin, quitte à les lui confirmer de façon détournée plus tard dans le livre. Mais ici, Claudie Gallay ne fait que suggérer. Ca ne rend pas le roman plus lourd qu’un autre... mais paradoxalement, il se fait parfois lassant justement, comme si tant l’excès que le manque de suggestions donnait le même résultat ! A vrai dire, pour moi qui aime qu’on me raconte une histoire, et c’est toujours cet aspect des choses qui fera que j’accroche ou non à un roman (et peut-être une raison pour laquelle j’aime de mieux en mieux les policiers, en tout cas certains), ici c’est vraiment limite. Ce sont davantage le fait qu’il y avait plusieurs histoires en une, et toute ces références culturelles bien intéressantes, qui ont su gardé mon intérêt en éveil, pas tant le style de l’auteure, qu’elle devrait peut-être un tout petit peu plus étoffer. Oh ! pas grand-chose, juste de quoi devenir réellement passionnante.

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7 décembre 2010

Archives (7) - FERRERO, Jesús: "Les treize roses"

Toujours fin mai 2006:

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FERRERO, Jesús : « Les treize roses », 2005, Castelnau-le-Lez, Éditions Climats. Traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu ; titre original : « Las trece rosas ».

Un livre de plus, si je peux dire, sur ce sujet que les Espagnols rabâchent à qui mieux-mieux depuis qu’ils ont recouvré la liberté d’expression : la guerre civile et ses conséquences. Je dis cela sans aucun jugement de valeur ; c’est juste que, si ce sujet « doit » être évoqué par les intellectuels espagnols comme une thérapie pour tout un peuple, ça touche bien un peu les lecteurs d’autres pays, qui finissent par se lasser de la pléthore d’ouvrages sur ce même sujet.

Ici, c’est Jean-Marie Saint-Lu en personne qui avait parlé de ce livre, lors d’un atelier du CETL auquel j’avais participé lors de mon stage ; à l’époque, il était en train d’en terminer la traduction si je me rappelle bien, et nous en avait dit le plus grand bien. J’avais noté le titre, puis oublié, mais je suis tombée dessus par hasard à la FNAC et m’en suis aussitôt rappelé. Je l’ai acheté sans trop réfléchir.

C’est vrai que ce livre détonne un peu par rapport à ceux que j’ai déjà lu sur le sujet : ici, il s’agit de l’histoire de treize jeunes filles, certaines très jeunes même, qui avaient plus ou moins sympathisé avec les communistes lors de la guerre. Franco enfin installé au pouvoir, elles ont été arrêtées, mises en prison, et finalement condamnées à mort. Jesús Ferrero évoque leurs derniers jours libres, leur arrestation, leur condamnation et finalement l’exécution...

Certes, tout n’est pas parfait dans ce livre : on finit par ne plus très bien savoir qui est qui parmi ces treize filles, même si chacune a été évoqué dans un chapitre particulier - pas assez, sans doute, pour bien fixer les personnages. Et j’ai trouvé très « lourd » le trop long chapitre qui raconte leur dernière nuit avant l’exécution : il veut exprimer l’évolution de leur état d’esprit, passant de l’abattement à ces crises de fou rire, du désespoir à l’incrédulité. Mais l’auteur fait ça à travers des dialogues fort décousus, où l’identité des filles se perd encore plus, et c’est dommage car cela fait perdre toute la « profondeur » qu’on aurait aimé y trouver.

Mais dans l’ensemble, il ressort des choses très fortes de ce livre : on ne peut être que très sensible à la terrible histoire de ces jeunes filles, certaines tellement candides et naïves encore, et l’auteur rend très bien cet esprit plein de fraîcheur de trop jeunes filles qui s’amusent de tout et de rien, qui aiment et se disputent, qui se réconfortent ou se taisent, avec leur amant dans une maison perdue ou dans la prison où elles vivent leurs derniers jours sans le savoir encore. Et puis, cette dénonciation sourde mais très efficace des « collaborateurs » de Franco, avec les religieux en première ligne : c’est un religieux qui va essayer en vain de confesser les filles la dernière nuit, c’est une mère supérieure qui est responsable d’elles à la prison, et qui ordonnera aux soldats de tirer sur celles qui ne sont pas mortes tout de suite lors de l’exécution, alors que la légende permettait de gracier ceux qui avaient survécu à la première décharge... Bref, un livre parfois inégal, mais malgré tout d’une grande beauté en dépit des événements terribles qu’il rapporte.

7 décembre 2010

Archives (6) - CAMILLERI, Andrea: "La prise de Makalé"

Chronique du 21 mai, 2e partie:

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CAMILLERI, Andrea : « La prise de Makalé », 2006, Paris, Librairie Arthème Fayard. Traduit de l’italien par Marilène Raiola ; titre original : « La presa di Macallè ».

D’un auteur très souvent cité dans Lire, me semble-t-il en tout cas, pour ses romans policiers (que je ne connais pas), ce livre m’a sauté aux yeux lors de ma toute première visite à la libraire Filigranes (que ma grande amie M* adore, moi j’ai été un peu déçue, mais ceci est une autre histoire...), dans leur rayon littérature. Il écrit donc autre chose que les policiers loués par Lire !?

Il nous livre ici l’histoire d’un gamin de 6 ans, très intelligent et en plus doté d’un organe masculin démesuré pour son âge, mais qui se trouve être le fils de fervents catholiques autant que fervents fascistes. Avec un même élément, il fait sourire ou frémir : par exemple, on s’attendrit devant ce sexe qui fait rêver la cousine du gamin (de 10 ans son aînée !), cousine qui a déjà « péché » en couchant avec son soi-disant fiancé envoyé à la guerre de colonisation de l’Italie, pour prendre Makalé, dernier bastion tenu par le Éthiopiens... Le fiancé en question y mourra, héros de la patrie bien sûr. Mais ce sexe est aussi l’objet du plaisir de son professeur particulier, qui l’initiera à une vie « spartiate » - entendez : de la pédophilie, tout simplement !

Ou encore, cette extraordinaire intelligence de Michilino, qui lui fait apprendre ses leçons ou le maniement des armes trop facilement, jusqu’au meurtre (eh oui !) d’un de ses compagnons de classe, que ses parents ont désigné comme ennemi puisqu’il est communiste. Meurtre qui ne lui sera bien sûr pas attribué, impensable, et c’est le propre père du gamin assassiné, communiste donc, qui va trinquer...


Mais par-dessus tout, Michilino garde son innocence de petit enfant, qui dort mal si ce n’est pas dans la chambre de ses parents et qui a peur mais qui sait qu’il doit fermer les yeux quand ceux-ci geignent et crient dans le lit (pauvre petit qui ne sait pas ce qu’est faire l’amour !) ; qui ne comprend pas non plus pourquoi son père a démoli le curé chez qui sa femme allait trop souvent « se confesser » ; et qui comprend dès lors encore moins pourquoi c’est sa propre cousine, avec qui il s’entend si bien, qui finit dans le lit de son père, alors qu’on a éloigné sa chère maman, enceinte du curé... Le tout le conduira au drame final, savamment orchestré par un auteur qui montre qu’il savait dès le début où il menait son lecteur. Si ce drame final est exagéré (s’est-il vraiment passé de telles choses dans l’Italie de Mussolini, quelques années avant la guerre mondiale ? On voudrait bien ne pas le croire !), il fait froid dans le dos, et on referme ce livre avec un sentiment de malaise, à peine apaisé quand on lit la languette intérieur du quatrième de couverture, où l’auteur explique : « Ce roman est né de la question suivant : alors que j’avais dix ans et que je vivais dans une famille fasciste mais non militante, pour quelle raison ai-je écrit en cachette une lettre à Mussolini, où je lui demandais la permission de m’engager comme volontaire pour aller combattre en Abyssinie ? Quels mécanismes ont pu s’enclencher en moi pour que je n’aie plus qu’un seul désir : partir tuer l’ennemi abyssin ? » Ce livre y répond violemment, un peu exagérément peut-être, mais surtout de façon tellement vraisemblable!

7 décembre 2010

Archives (5) - PADILLA, Ignacio: "Amphitryon"

Chronique du 21 mai 2006

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PADILLA, Ignacio : « Amphyitryon », 2001, Paris, Éditions Gallimard. Traduit de l’espagnol (Mexique) par Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès ; titre original identique au français.

C’est ici l’histoire obscure d’un projet du IIIe Reich, à l’époque, qui visait à former des êtres prêts à prendre la place des plus hauts dignitaires du régime nazi si ces derniers venaient à devenir trop dangereux pour le régime lui-même - ces personnes devaient non seulement leur ressembler physiquement, mais recevaient aussi un entraînement spécial, comme on s’en doute, pour n’éveiller aucun soupçon sur aucun autre plan. Mais Ignacio Padilla, en bon latino, complique les affaires sérieusement, en nous contant l’histoire personnelle de l’une ou l’autre de ces personnes, si bien que finalement on ne sait plus très bien qui est qui, qui fait quoi, et comment chacun de ces différents qui sort vivant (ou non) de la guerre, et où il finit  par se retrouver... Le tout traversé par la passion du jeu d’échecs, ce qui n’arrange rien à la compréhension pour une ignorante en ce domaine comme moi.

Ajoutez à cela une traduction qui, même si elle est du « grand Bensoussan » comme disaient mes profs de traduction, le traducteur attitré de Mario Vargas Llosa ! C'est ici une traduction qui n’est pas convaincante : le vocabulaire y est typiquement « gonflé » (et ça passe bizarrement en français...), certaines formulations sont beaucoup trop proches des tournures de phrases alambiquées à la mexicaine, ces mêmes tournures de phrases qui m’ont fait suer lors de mon mémoire, quand je voulais les rendre plus lisibles en français sans pour autant perdre totalement leur « esprit » mexicain... Bensoussan ne s’est visiblement pas autant creusé les méninges, et livre par endroits une « copie conforme » certes lisible, mais certainement pas agréable, qui ne donne pas toujours envie de poursuivre la lecture de cette petite brique par moments complètement tordue.

Bref, je ne comprends toujours pas très bien comment Lire a pu citer ce livre parmi l’un des 50 meilleurs de notre temps - je ne sais plus le titre exact de leur article de l’époque ; mais peut-être aurais-je dû le lire en espagnol pour pouvoir réellement l’apprécier ?

7 décembre 2010

Archives (4) - FLEISCHER, Alain: "La hache et le violon"

Chronique du 11 mai 2006

J'ai acheté ce livre il y a plusieurs mois déjà. Je crois me rappeler qu’il y avait un article à ce sujet - ou une interview de l’auteur - dans un de mes premiers Lire de la période où j’ai recommencé à les acheter, mais je n’en trouve pas trace sur le site Internet de ma revue préférée et je n’ai pas trop envie de rechercher ces jours-ci (on vient de déménager, et on est encore loin d'avoir tout rangé!) la version magazine. Avec ça, j’avais complètement oublié le sujet du livre, et même pourquoi je l’ai acheté à l’époque ! Ce n’est pas ainsi pour tous les livres : il y en a que j’achète en sachant bien pourquoi, et même si je laisse passer beaucoup de temps avant de les lire, au moment où je m’y mets je me rappelle toujours pourquoi, mais ici ce n’était pas le cas.

Ce livre au titre un peu énigmatique est le suivant :

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FLEISCHER, Alain : « La Hache et le Violon », 2004, Paris, Seuil.

La première partie, la plus longue, parfois trop longue d’ailleurs, parfois prenante aussi, parfois assez déroutante, raconte une histoire un peu utopique de cette ville d’un pays d’Europe centrale (que l’on devine assez vite être la Hongrie, et même plus précisément dans un « ghetto » de ladite ville (que l’on devine tout aussi vite être un quartier juif, ou faut-il vraiment l’appeler ghetto ?), où les gens se mettent à mourir de façon inattendue, victime d’une dégradation fulgurante de leur système auditif, accompagné la plupart du temps d’un bruit sourd rappelant un coup de hache. On assiste à la lente réaction des autorités communales et nationales, qui comprennent vite que tout cela est lié à la musique, mais ne parviennent pas à prendre les mesures adéquates. C’est le vieux sage du ghetto, ancien ingénieur en optique et désormais luthier de génie, qui avancera finalement la bonne solution : seule la musique, la « grande » musique (éventuellement suivie de toutes les autres) pourra protéger la ville (et le monde ?) des coups de ce qui est devenu la Hache. A moins de pervertir le pouvoir nouveau de la musique pour en faire un instrument…

… et c’est alors que l’on tombe brusquement en pleine deuxième guerre mondiale, en plein dans un camp de prisonnier, où l’auteur rappelle que les nazis aimaient la musique, et en avaient d’ailleurs fait un instrument de leur pouvoir parmi d’autres !

C’est ainsi que la belle histoire un peu fantastique de la très longue première partie est assez brutalement ramenée à une réalité historique bien plus sombre. On voit le lien mais on ne le comprend pas tout à fait bien, l’auteur avait quand même un peu l’esprit tordu non ? Pire encore : après, son histoire teintée de l’Histoire dégénère en une complainte sur la condition des Juifs au XXe et XXIe siècles. Ainsi, on a presque l’impression qu’il compare l’horreur de la Shoah aux attentats qui surviennent régulièrement, de nos jours, en Palestine ; il compare l’impossibilité d’expliquer cette monstruosité que furent les camps d’extermination nazis à une situation que l'on sait actuellement inextricable dans ce bout du monde que l'on appelle aussi plus pudiquement peut-être "la Terre Sainte". Quoi qu'il en soit, j'ai eu bien du mal à pleurer avec lui le pauvre Juif innocent - certes, des enfants, des femmes, des hommes innocents sont tués indifféremment lors de ces attentats-suicides qui se répètent et se ressemblent malheureusement, mais ces derniers ne sont tout de même pas exactement la même chose que la Shoah, et à aucun point de vue !

Il termine alors avec ce qui pourrait peut-être s’appeler de l’humour juif (?) : cette lente mais irrévocable assimilation de la judaïté par les Chinois, certains étant les descendants de Chinois convertis depuis des temps des temps reculés, d’autres beaucoup plus récemment ; ces Chinois qui auraient vaguement suivi le mouvement sioniste avant de reproduire une nouvelle Terre Sainte certifiée authentique chez eux, pays immense et réservoir intemporel d’hommes et d’idées. Parfaitement juifs et parfaitement chinois, très religieux et tout autant rattachés aux anciennes traditions de leur peuple. Une situation idéale ? On en sourirait, rien n’est impossible, et ce ne serait pas la pire des issues.

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7 décembre 2010

Archives (3) - MI, Jianxiu: "Jaune camion"

Chronique du 04 mai 2006:

jaune_camionMI, Jianxiu : « Jaune camion », 2004, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube (coll. L’Aube Poche, 2006, n° ?). Traduit du chinois par Michel Imbert.

Voici un livre que je n’ai trouvé ni dans Lire ni dans aucun des mes référentiels habituels - enfin, habituels, je me limite désormais à Lire, après avoir été déçue au moins deux fois par des livres proposés par le Magazine littéraire. Il se trouvait tout simplement exposé à la Fnac, sur leur table des nouveautés dans les policiers en poche, où je passais un peu par hasard, sans réel but. Mon regard une fois attiré, c’est le 4e de couverture qui m’a décidée, car il citait entre autres un extrait de critique du Ligueur qui disait : « Un polar, oui, mais plus que cela, une œuvre qui nous fait vivre la Chine d’aujourd’hui. » Évidemment, pour moi qui m’intéresse à la Chine désormais plus que jamais, ça ne pouvait être que convaincant !

Quelle erreur ! Comment l’auteur de ce bout de critique a-t-il pu avoir l’impression de « vivre la Chine d’aujourd’hui », comme il dit, alors que l’action du roman a lieu en 1978… et que ce livre a été publié pour la première fois en français en 2004 !? Il y a 26 ans de différence, c’est-à-dire tout une génération, et bien plus encore, quand on considère seulement deux événements politiques ayant eu lieu en Chine durant ces années-là : le massacre de la place Tienanmen en 1989 (qui a brusquement isolé du monde occidental une Chine qui faisait mine de s’ouvrir même très timidement), et malgré tout, dans la décennie suivante, l’ouverture économique qui a sans aucun doute changé bien des choses, même si le Parti reste maître et seigneur, et que la corruption très largement dénoncée dans ce livre est sans aucun doute encore bien présente.

Bref, le livre en soi est pas mal du tout, je serais mauvaise de prétendre le contraire : l’intrigue est bien menée, par ce juge qui se sait le jouet de politiques sur lesquels il n’a pas le moindre pouvoir, contre lesquels il n’a pas le moindre espoir si ça tourne mal, avec son « ami » le policier suspecté par ses propres subordonnées de ne pas suffisamment adhérer à la ligne du parti. En outre, ce fameux juge Li semble sans cesse tiraillé entre les principes du Parti qu’il lui faut suivre… mais qui n’ont rien de pratique dans le cadre d’une enquête, et son propre bon sens qui s’apparente tout simplement à un sens de la justice, plus humaine, plus réelle et moins figée qu’une ligne politique à suivre absolument ! On aurait presque dit le roman d’un Américain en train d’occidentaliser ce bref juge à la grosse louche… mais non, l’auteur est bien chinois !

Pas mal du tout, mais pas transcendant non plus, ni en ce qui concerne la narration de la vie en Chine « aujourd’hui » (et l’année 1978 ne m’intéresse pas particulièrement), ni en ce qui concerne l’aspect policier tout simplement. Les divers résumés lus ici et là (sur Amazon, ou sur le site même de l’éditeur) parlent d’un « sordide réseau de gamines droguées jusqu'à la moelle » et de vols de camions entre autres, mais de telle façon qu’on croirait que ce sont là les éléments principaux et/ou les plus captivants du récit. Or, comme je l’ai déjà laissé entendre, ce n’est pas vraiment cela que l’on trouve ici - d’ailleurs, il n’y a à aucun moment de « réseau sordide », juste quelques campagnardes exploitées (et effectivement droguées) de façon certes révoltante, mais à nouveau, ce n’est pas là le nœud de l’intrigue ! Il s’agit plutôt, du début à la fin, d’une dénonciation douce, à peine voilée par cette intrigue que les critiques ont prise pour argent comptant, du système politique chinois, de ces jeux de pouvoir qui se font et se défont au gré d’une très grave corruption. Intéressant donc, mais sans plus, et malheureusement décevant par rapport à ce que le 4e de couverture avait laissé miroiter.

7 décembre 2010

Archives (2) - OGAWA, Yôko: "La formule préférée du professeur"

Dans la même chronique d'archives du 2 mai 2006:

la_formule_prefereeOGAWA, Yôko : « La formule préférée du professeur », 2005, Arles, Actes Sud (coll. Lettres japonaises). Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle ; titre original : ???

« La formule préférée du professeur »: un livre que j’ai envie de décrire depuis l’avoir reposé, après avoir tourné la dernière page, comme un livre tout tendre, doux comme un bonbon qu’on suce et qu’on laisse fondre lentement. C’est vraiment une histoire tout à fait loufoque, et pourtant tellement accrochante, que celle de cet ancien professeur de mathématiques, pas tellement âgé mais dont la mémoire - de plus en plus défaillante - se limite à une durée de 80 minutes, à la suite d’un accident survenu quelques années plus tôt, et rendant ainsi toute vie sociale à peu près impossible. Il se prendra pourtant d’une forme très mathématique (la seule qu’il connaisse) mais aussi très vraie d’amitié et peut-être même d’amour (tout filial !) pour le fils de sa femme de ménage, la narratrice. Ce fils qu’il appellera Root, en mémoire de la forme de son crâne qui évoque une racine carrée (!!), et qui est le seul personnage de ce roman à avoir un nom, si l’on peut appeler ainsi ce surnom.

On retrouve dans ce livre, en tout cas, toute la limpidité, la grâce de Yôko Ogawa, qui m’avaient déjà séduite quand j’ai lu un premier livre d’elle, Parfum de glace, il n’y a pas si longtemps que ça je pense ; cette façon d’aborder un thème tellement humain d’une façon presque absurde, l’air de ne pas y toucher, avec ce petit je-ne-sais-quoi qui dépasse le réel - dans Parfum de glace, c’était avec cet éleveur de paons (peut-être pas éleveur, mais en tout cas un type très imaginaire qui faisait quelque chose avec des paons, j’ai un peu oublié désormais…), ici c’est par le biais inattendu et pourtant tout à coup très poétique et attirant des mathématiques.

7 décembre 2010

Archives (1) - CHENG, François: "Le dit de Tianyi"

J'ai retrouvé dans mes vieux documents, ici dans mon ordinateur au bureau, de vieilles chroniques de lecture! En les survolant rapidement aujourd'hui, je me rends compte qu'il s'agit plutôt d'une espèce de journal intime dans lequel je disais ce que j'avais pensé, ce que j'avais ressenti en lisant certains livres - comme j'ai toujours lu, c'est assez inévitable que les livres apparaissent un peu partout dans ma vie, et donc aussi dans mes journaux intimes...

Je vais simplement "copier-coller" ces chroniques, en les élaguant des passages trop personnels.
Il faudra excuser le ton, le manque de cohérence, l'absence de "résumé" aussi; ce n'était pas dans ce but que j'écrivais à l'époque, mais j'ai envie de garder trace de tout cela quelque part, et ce blog me semble le meilleur endroit pour ce faire...
Et bien sûr, je vais faire un message "d'Archive" par livre cité, en espérant que je ne vais pas en trouver où je n'aurais noté que deux mots! Et puis quand bien même...

Le premier, dans une chronique du 02 mai 2006:

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CHENG, François : « Le dit de Tianyi », 1998, Paris, Albin Michel (coll. Le Livre de Poche, 2001, n° 15101

Est-ce cette écriture si poétique qui m’a empêchée d’avancer dans ce livre, moi qui ai eu les idées tellement terre-à-terre ces derniers temps ? François Cheng écrit d’une façon très sensible ; il ne raconte pas vraiment une histoire (ce que j’aime d’habitude dans les romans), on a plutôt l’impression qu’il la rêve. Ajoutez à cela son incroyable postulat de départ, cette relation qui n’est pas tout à fait de l’amour, mais qui semble plus forte encore, relation à trois qui n’en finira pas de faire prendre aux uns et aux autres des décisions qui, à moi lectrice accrochant assez peu à ce postulat, semblaient parfois complètement saugrenues. Le tout raconté par celui des trois qui a l’air le plus faible, qui est sans cesse pris dans ses problèmes existentiels immanquablement liés, semble-t-il, à ses progrès dans l’art de la peinture.

Bref, c’est très beau, une superbe écriture, malheureusement à peu près illisible dans l’état d’esprit où je me trouvais – mais accrocherai-je jamais suffisamment pour me laisser emporter dans ce genre d’histoire, qui a finalement quelque chose de très « religieux » ? – d’ailleurs, cela termine à peu près avec la rencontre et l’histoire de ce vieux Chinois converti au christianisme, et qui évoquera la Trinité de telle sorte que le lecteur ne peut pas faire autrement que d’y voir un reflet dans la relation triangulaire décrite dans ce livre, entre Tianyi le peintre que l’on imagine volontiers souffreteux, Yumei l’actrice appelée très souvent l’Amante (alors que dans les faits ils n’ont jamais été amants, le mot semble être utilisé dans un sens plus que figuré), et Haolang le poète et rebelle, appelé lui plus simplement l’Ami, oui avec un grand A.

Le livre est brusquement devenu intéressant, en tout cas plus « palpitant », quand l’auteur aborde (en troisième partie seulement, si je me rappelle bien) les années sombres du communisme chinois, son expérience hallucinante dans un de ces camps de rééducation, que l’écriture poétique rend un peu irréelle, alors que, au-delà des mots, cette expérience (vraie ou inventée sur base d’autres histoires, mais peu importe finalement) n’a rien à envier à d’autres camps de travail ou goulags mieux connus aujourd’hui, si l’on peut dire. C’est que, ce qui m’intéresse réellement, ce que j’avais envie de lire dans ce livre, c’est une histoire, même romancée, de la Chine, histoire que l’auteur ne fait qu’effleurer et assez tard dans son livre, pour ensuite mieux retourner à son obsession triangulaire.

Si je me rappelle bien, c’est D*, une collègue très proche à l'époque, qui m’avait conseillé ce livre, après m’avoir offert le superbe « Balzac et la Petite Tailleuse chinoise » de Dai Sijie, jamais noté dans aucune de mes rubriques de lecture celui-là. Un livre que j’avais adoré... Je ne saurais dire, désormais, si « Le dit de Tianyi » s’en rapproche d’une façon ou d’une autre ; je pense tout simplement que je n’ai pas lu ce superbe livre au bon moment, et que du coup je l’ai un peu lu « à côté ». Dommage.

7 décembre 2010

Présentation

Depuis que je suis entrée dans la blogosphère, avec un tout premier blog - tout récent - sur mon régime WeightWatchers, je n'arrête pas de penser à en faire un deuxième, et je pensais très, très fort à ma famille...
Et puis voilà: ce seront les livres qui auront ce deuxième honneur!

Je vais bêtement "copier-coller" une grande partie de ce que j'ai noté dans mon premier blog pour cette présentation, ce sera le plus simple:

Dominique (au féminin), 38 ans, mariée avec Yves
Deux enfants: Robin (3 ans et 4 mois) et Lucile (22 mois et demi)
Vit à Bruxelles, originaire de Namur

Formation assez "classique": un (ex-) graduat en secrétariat de direction, option langues (niveau bac + 3 pour les Français), suivi d'une (ex-)licence (niveau bac + 4, en Belgique) en traduction, 10 ans plus tard... Précision importante, parce qu'elle explique certaines choses dans mes commentaires!

Je travaille actuellement dans la gestion des ressources humaines, temps partiel 90% à partir de janvier 2011 (je serai "libre" le mercredi après-midi, c'est-à-dire disponible pour mon Robin en fait...)
Passionnée par les livres, la lecture et l'écriture depuis toujours; les traces viendront peu à peu...
Musicienne depuis presque aussi longtemps, aussi, mais ça, j'ai un peu laissé tomber, ainsi va la vie!
Une passion nouvelle, que je ne peux pas ne pas mentionner: les claquettes!  Je ne suis qu'au niveau débutants, j'en fais seulement une et parfosi deux fois par semaine, je n'ai aucun "avenir" dans ce domaine-là mais, ciel! que ça me fait du bien!

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